chroniques d'un petit bonhomme

Lettre d'amour à mon ventilateur

Je me souviens de la première fois que je t’ai vu. C’était à une soirée de septembre 2024, à Lyon, dans ma toute nouvelle colocation. Tu étais avec ce garçon (mon coloc), tourné vers lui sans me regarder. J’ai tout de suite su que tu étais parfait pour moi.

Mon petit ventilateur, je t’ai tout de suite désiré. Le fait que tu sois à un autre ne me dérangeait pas tant. En cachette, je t’utilisais pour ma survie en ce mois de septembre, que les Lyonnais connaissent comme particulièrement aride, notamment à cause des montagnes retenant la chaleur. Je dois dire que tu m’as été bien utile, m’apportant un peu de réconfort dans cet enfer sec qu’est devenu notre appartement sous les toits. Sans titre 3

Non, tu n’étais pas impressionnant, avec ta taille minuscule, ta puissance dérisoire, ton aspect si banal… J’estime ton prix à la modeste somme de 20 euros. Cependant, quelque chose chez toi m’a touché : tu gardais cette énergie si particulière, qui fait qu’avec toi on se sent bien, à l’aise et confortable. Par la suite, durant l’automne et l’hiver, je t’ai tourné le dos, comme on le fait à un simple collègue une fois le travail en commun réalisé. Mais quand est revenu le soleil, et avec lui les moustiques et la chaleur, je t’ai récupéré chez mon coloc et je t’ai utilisé pour mon usage personnel. Oh, comme c’était agréable cette période ! Tu m’as sauvé : grâce à toi, mes nuits pouvaient dépasser les 5 heures de sommeil et tu camouflais le bruit des innombrables moustiques qui pullulaient dans notre appartement. C’est d’ailleurs en grande partie grâce à toi que j’ai pu valider tous mes examens de cette époque. Sans titre 4

Quand est venue l’heure de la séparation du au fait que tu étais à mon coloc, je ne l’ai pas acceptée. Alors, comme tant d’amants avant moi, j’ai commis le pire des péchés : je t’ai volé. Je n’en éprouve en réalité que peu de remords : je dois dire que mon coloc est parti à Marseille, devant la mer, te remplaçant probablement, alors que moi, à Paris, j’ai dû affronter l’atmosphère lourde et la sueur de l’été. Nous avons passé ensuite une année formidable, encore à Lyon, où par temps de chaleur tu étais encore ce soutien indispensable dont j’avais tant besoin. Tu m’as suivi partout : Paris, Vienne, Bruxelles, Lyon, Marseille, Annecy… Nous étions inséparables. Mais comme trop souvent, on ne réalise qu’une chose nous est précieuse qu’au moment de la perdre. Un soir d’été, voulant rassasier cette curiosité insatiable qui m’habite, j’ai voulu mettre du papier en toi afin d’en faire des confettis. Ah ! Bêtise originelle de l’Homme, idée de Satan, soupire de Belzébuth ! Sans cette action puérile, je t’aurais gardé auprès de moi sans soucis. Ce n’est que quand tu es mort que j’ai tant réalisé ton importance à mes yeux. Sans titre 5

Alors, mon petit ventilateur, merci pour tout. Tu as été un compagnon formidable qui m’a accompagné durant cette partie difficile de ma vie et qui m’a apporté un soutien vital. J’espère que d’où tu me voies, au paradis des ventilateurs, tu es fière de moi et veilles sur moi, malgré le fait que je ne puisse plus jamais sentir ta présence si rafraîchissante à mes côtés…